Je crois bien qu’on le flattait. C’est justement ce qu’on voulait.

— Ah çà, Dakins, poursuivit Cinqpoints, il me faut une revanche ; à vous deux vous m’avez ruiné, complétement ruiné !

— Eh bien, répondit Dakins, aussi fier que s’il eût gagné un million, fixons le jour… Demain soir, si vous voulez ?… Vous me ferez le plaisir de dîner avec moi, bien entendu… Cela vous convient-il ?

Blewitt accepta de suite. Mon maître se fit un peu prier.

— Soit. Demain, chez vous, dit-il enfin. Mais, mon cher Dakins, pas trop de vin, je vous en prie. Le vin ne me vaut rien, surtout quand je dois jouer à l’écarté avec vous.

L’infortuné pigeon se retira plus heureux qu’un roi.

— Tiens, John, voilà pour toi, dit-il en me jetant une des pièces d’or qu’il venait de gagner.

Pauvre diable ! je voyais déjà comment cela devait finir.

Le plus drôle de l’histoire, c’est que mon maître avait emprunté à Blewitt l’argent qui devait servir d’appât. A la suite de l’entrevue dont j’ai rendu compte, j’avais accompagné ce dernier jusque chez lui, et il m’avait remis cinq cents francs en or pour son collègue.

La fin de l’aventure est facile à prévoir. Si Dakins avait eu un peu plus de bon sens, il aurait perdu sa fortune en six semaines ou deux mois ; mais il était si naïf qu’il ne fallut que quelques jours pour le ruiner.