— Voyez donc, monsieur John, il y a dans le bureau un garde du commerce et deux recors qui demandent des nouvelles de votre maître… Aurait-il des dettes par hasard ?

— Eh ! non, ma chère ; nous ne devons pas un sou en France, répondis-je.

Tout à coup, je me rappelai nos dettes d’outre-Manche, et je devinai ce dont il s’agissait.

— Toinette, m’écriai-je, si tu tiens à mon amour, occupe-les une minute ou deux ! et lui donnant un baiser, je montai quatre à quatre chez Cinqpoints. Sa blessure était presque guérie et on lui permettait déjà les promenades en voiture.

— Monsieur, les recors sont à vos trousses ! Il faut que vous trouviez un moyen de leur échapper, lui dis-je d’une voix essoufflée.

— Les recors ? Allons donc ! Dieu merci, je ne dois rien à personne, répliqua-t-il avec un aplomb superbe.

— As-tu fini !… Et les dettes que vous avez laissées à Londres ? m’écriai-je, oubliant le respect que je lui devais. Les recors sont en bas ; ils me suivent, vous dis-je !

A peine eus-je prononcé ces paroles qu’on entendit dans l’antichambre un formidable drelin drelin din din ! Il était facile de reconnaître dans ce carillon la voix d’un huissier.

Que faire ? Plus rapide que l’éclair, j’ôte mon habit et mon grand gilet rouge ; je pose mon chapeau galonné sur la tête de monsieur et je lui fais endosser ma livrée. M’enveloppant alors dans sa robe de chambre et m’allongeant sur le canapé, je lui ordonne d’aller ouvrir. Ce changement à vue n’avait été que l’affaire d’un instant. Mon maître trouva à la porte le garde du commerce, les deux recors, Toinette et un vieux garçon d’hôtel. Toinette sourit en voyant Cinqpoints ainsi affublé et lui demanda :

— Dis donc, John, voilà des messieurs qui veulent parler à ton maître ; il est chez lui, n’est-ce pas ?