— Tiens, dit un des gardes du commerce, c’est le drôle qui nous a si bien joués l’autre matin. Rira bien qui rira le dernier.
Je l’avais reconnu aussi, mais j’étais trop abattu pour sourire ou pour lui répondre d’une façon convenable.
— Où allons-nous, mon bourgeois ? demanda le cocher.
Une voix sinistre, partie du fond de la voiture, cria :
— Rue de Clichy, à la prison pour dettes !
....... .......... ...
Peut-être devrais-je entrer ici dans quelques détails sur les us et coutumes des habitants de cette célèbre prison ; mais j’hésite devant une pareille tâche, d’abord, parce que l’admirable Boz[9], dans son amusante biographie du sieur Pickwick, nous a donné une si excellente description d’une prison pour dettes, que je crains d’entrer en lice avec lui ; ensuite, parce que je restai fort peu de temps dans l’hôtel de la rue de Clichy, ne voulant pas gaspiller les belles années de ma jeunesse dans un pareil séjour.
[9] Pseudonyme sous lequel Charles Dickens a commencé à se faire connaître.
(Note du traducteur.)
On devine que la première commission dont me chargea mon maître fut de porter quelques mots de consolation à sa future éplorée. La pauvre fille était dans un état de désolation facile à comprendre : elle avait attendu à l’ambassade jusqu’à deux heures et demie, espérant voir arriver son fiancé d’une minute à l’autre. Enfin, après avoir patienté et patienté, se trouvant encore dans la triste position d’Anne, ma sœur Anne, qui ne voit rien venir, elle avait fini par s’en retourner chez elle.