ANTOINE.—N'allez point gémir, ni vous lamenter sur le déplorable changement qui m'arrive au terme de ma carrière; charmez plutôt vos pensées par le souvenir de ma fortune passée, lorsque j'étais le plus noble, le plus grand prince de l'univers; je ne meurs pas aujourd'hui honteusement ni lâchement, je ne cède pas mon casque à mon compatriote; je suis un Romain vaincu avec honneur par un Romain. Ah! mon âme s'envole. Je n'en puis plus.

(Antoine expire.)

CLÉOPÂTRE.—O le plus généreux des mortels, veux-tu donc mourir? Tu n'as donc plus souci de moi?... Resterai-je dans ce monde insipide, qui, sans toi, n'est plus qu'un bourbier fangeux.—O mes femmes, voyez! Le roi de la terre s'anéantit... Mon seigneur!... Oui, le laurier de la guerre est flétri; la colonne des guerriers est renversée. Désormais les enfants et les filles timides marcheront de pair avec les hommes. Les prodiges sont finis, et après Antoine il ne reste plus rien de remarquable sous la clarté de la lune.

(Elle s'évanouit.)

CHARMIANE.—Ah! calmez-Vous, madame.

IRAS.—Elle est morte aussi, notre maîtresse.

CHARMIANE.—Reine...

IRAS.—Madame...

CHARMIANE.—O madame! madame! madame!

IRAS.—Reine d'Égypte! souveraine...