CHARMIANE.—Tais-toi, tais-toi, Iras...
CLÉOPÂTRE.—Non, je ne suis plus qu'une femme, et assujettie aux mêmes passions que la servante qui trait les vaches et exécute les plus obscurs travaux. Il m'appartiendrait de jeter mon sceptre aux dieux barbares, et de leur dire que cet univers fut égal à leur Olympe jusqu'au jour où ils m'ont enlevé mon trésor.—Tout n'est plus que néant. La patience est une sotte et l'impatience est devenue un chien enragé... Est-ce donc un crime de se précipiter dans la secrète demeure de la mort, avant que la mort ose venir à nous? Comment êtes-vous, mes femmes? Allons, allons, bon courage! Allons, voyons, Charmiane! Mes chères filles!... Ah! femmes, femmes, voyez, notre flambeau est éteint. (Aux soldats d'Antoine.)—Bons amis, prenez courage, nous l'ensevelirons; ensuite, ce qui est brave, ce qui est noble, accomplissons-le en digne Romaine, et que la mort soit fière de nous prendre. Sortons: l'enveloppe qui renfermait cette grande âme est glacée. O mes femmes, mes femmes! suivez-moi, nous n'avons plus d'amis, que notre courage et la mort la plus courte.
(Elles sortent; on emporte le corps d'Antoine.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
Le théâtre représente le camp de César.
CÉSAR, AGRIPPA, DOLABELLA, MÉCÈNE,
GALLUS, suite.
CÉSAR.—Va le trouver, Dolabella; dis-lui de se rendre, dis-lui que, dépouillé de tout comme il l'est, c'est se jouer de nous que de tant différer.
DOLABELLA.—J'y vais, César.