Antoine se sent trop faible pour faire ses adieux à sa maîtresse; il en charge son ami Dolabella. Celui-ci est lui-même épris des charmes de Cléopâtre. Sa commission lui fournit l'occasion de lui déclarer son amour. Cléopâtre, d'après le conseil d'Alexas, profite de cet aveu pour exciter la jalousie d'Antoine et ranimer sa passion. Ventidius et Octavie ont épié la conversation de Cléopâtre avec Dolabella; ils la racontent à Antoine, qui, indigné contre eux, leur en fait les plus amers reproches. Ils se justifient tous deux, et Cléopâtre en rejette toute la faute sur Alexas, qui lui avait conseillé de piquer sa jalousie pour le retenir. Ils se séparent.
Dans l'intervalle du quatrième au cinquième acte a lieu la bataille navale qui achève la perte d'Antoine, et pendant laquelle toute la flotte d'Égypte eut la perfidie de se jeter du côté de César. Cette perte confond Antoine, excite sa rage, et le plonge dans le découragement. Cléopâtre, pour se soustraire à sa colère, se retire dans son tombeau, et lui fait parvenir, par Alexas, la nouvelle de sa feinte mort. Cette perte met le comble au désespoir d'Antoine; il prie Ventidius de lui ôter la vie; mais celui-ci s'étant poignardé lui-même, Antoine se précipite sur son épée. Cléopâtre accourt, le trouve mourant, et elle se donne aussi la mort, comme dans Shakspeare.
Il ne faut que comparer ce plan abrégé de la tragédie de Dryden avec celui de Shakspeare, pour voir que le premier a beaucoup plus de situations, et que l'enchaînement en est mieux combiné. Quiconque lira cette pièce de Dryden y verra partout les soins et le travail du poëte, qui, avant de commencer son ouvrage, s'est bien pénétré de son sujet et des plus petites circonstances qui y avaient trait, par la lecture de Plutarque, d'Appien et de Dion-Cassius, sources où il a puisé. Il est vrai qu'on ne trouvera pas tous ces traits dans Shakspeare, bien qu'ils n'y manquent pas complètement: mais Shakspeare s'emparera tellement du lecteur, il entraînera et occupera si fort son coeur, qu'il lui fera oublier ou négliger toutes les froides réflexions de la critique.
L'Antoine et Cléopâtre de sir Cari Sedley est bien au-dessous de la tragédie de Dryden: elle ne fut imprimée qu'en 1677; je n'en connais que l'historique: mais j'ai lu une autre tragédie du même auteur, intitulée: Beauty the Conqueror, or the death of Marc-Anthony, a tragedy in imitation of the Roman way of writing: elle est imprimée avec une collection in-4 de quelques oeuvres de Sedley, mise au jour par le capitaine Ayloffe, à Londres, 1702. Elle est en vers rimés et dans un style très-inégal, souvent très-enflé, quelquefois noble, et très-souvent faible. Les efforts de César pour engager Cléopâtre à quitter Antoine en font le principal sujet: cette princesse va même jusqu'à le trahir. En général le poëte s'est écarté en différentes occasions de la vérité de l'histoire; mais les épisodes de son invention n'ont pas une grande valeur. Il amène, par exemple, sur la scène un grand scélérat, Achillas, à qui il fait ourdir des trames secrètes pour s'emparer du trône d'Égypte, qu'il espère partager avec sa maîtresse Iras. L'imitation du style romain, qu'annonce le titre de la pièce, ne se trouve que dans les choeurs des quatre premiers actes; encore manquent-ils du vrai style lyrique.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.