ÉNOBARBUS.—Mais elle est maintenant la femme de Marc-Antoine.
MÉNAS.—Plaît-il, seigneur?
ÉNOBARBUS.—Rien de plus vrai.
MÉNAS.—Les voilà donc, César et lui, liés ensemble pour jamais.
ÉNOBARBUS.—Si j'étais obligé de deviner le sort de cette union, je ne prédirais pas ainsi.
MÉNAS.—Je présume que la politique a eu plus de part que l'amour à cette alliance?
ÉNOBARBUS.—Je le crois comme vous. Vous verrez que le noeud qui semble aujourd'hui resserrer leur amitié étranglera l'affection. Octavie est d'une humeur chaste, froide et tranquille.
MÉNAS. Qui ne voudrait que sa femme fût ainsi?
ÉNOBARBUS.—Celui qui n'a lui-même aucune de ces qualités; c'est-à-dire Marc-Antoine. Il retournera à son plat égyptien. Alors les soupirs d'Octavie enflammeront la colère de César; et, comme je viens de le dire, ce qui paraît faire la force de leur amitié, sera précisément la cause de leur rupture. Antoine laissera toujours son coeur où il l'a placé; il n'a épousé ici que les circonstances.
MÉNAS.—Cela pourrait bien être. Allons, seigneur, voulez-vous venir à bord? j'ai une santé à vous faire boire.