CLAUDIO.—Bénédick, avez-vous remarqué la fille du seigneur Léonato?
BÉNÉDICK.—Je ne l'ai pas remarquée, mais je l'ai regardée.
CLAUDIO.—N'est-ce pas une jeune personne modeste?
BÉNÉDICK.—Me questionnez-vous sur son compte, en honnête homme, pour savoir tout simplement ce que je pense, ou bien voudriez-vous m'entendre parler, suivant ma coutume, comme le tyran déclaré de son sexe?
CLAUDIO.—Non: je vous prie, parlez sérieusement.
BÉNÉDICK.—Eh bien! en conscience, elle me paraît trop petite pour un grand éloge, trop brune pour un bel éloge[4]. Toute la louange que je peux lui accorder, c'est de dire que si elle était tout autre qu'elle est, elle ne serait pas belle; étant ce qu'elle est, elle ne me plait pas.
Note 4:[ (retour) ] Fair, beau et blond.
CLAUDIO.—Vous croyez que je veux rire. Je vous en prie, dites-moi sincèrement comment vous la trouvez.
BÉNÉDICK.—Voulez-vous en faire emplette, que vous preniez des informations sur elle?
CLAUDIO.—Le monde entier suffirait-il à payer un pareil bijou?