BORACHIO.—Et ce masque est Claudio, je le reconnais à sa démarche.

DON JUAN.—Seriez-vous le seigneur Bénédick?

CLAUDIO.—Vous ne vous trompez point, c'est moi.

DON JUAN.—Seigneur, vous êtes fort avancé dans les bonnes grâces de mon frère; il est épris de Héro. Je vous prie de le dissuader de cette idée. Héro n'est point d'une naissance égale à la sienne. Vous pouvez jouer en ceci le rôle d'un honnête homme.

CLAUDIO.—Comment savez-vous qu'il l'aime?

DON JUAN.—Je l'ai entendu lui jurer son amour.

BORACHIO.—Et moi aussi; il lui jurait de l'épouser cette nuit.

DON JUAN, bas à Borachio.—Viens; allons au banquet.

(Don Juan et Borachio se retirent.)

CLAUDIO seul.—Je réponds ainsi sous le nom de Bénédick; mais c'est de l'oreille de Claudio que j'entends ces fatales nouvelles! Rien n'est plus certain. Le prince fait la cour pour son propre compte. Dans toutes les affaires humaines, l'amitié se montre fidèle, hormis dans les affaires d'amour; que tous les coeurs amoureux se servent de leur propre langue; que l'oeil négocie seul pour lui-même, et ne se fie à aucun agent. La beauté est une enchanteresse, et la bonne foi qui s'expose à ses charmes se dissout en sang[14]. C'est une vérité dont la preuve s'offre à toute heure, et dont je ne me défiais pas! Adieu donc, Héro.