CLAUDIO.—De grâce, laissez-moi.
BÉNÉDICK.—Oh! voilà que vous frappez comme un aveugle. C'est l'enfant qui vous a dérobé votre viande, et vous battez la borne[16].
Note 16:[ (retour) ] Allusion à l'aveugle de Lazarille de Tormes.
CLAUDIO.—Puisqu'il ne vous plaît pas de me laisser, je vous laisse, moi.
(Il sort.)
BÉNÉDICK.—Hélas! pauvre oiseau blessé, il va se glisser dans quelque haie. Mais... que Béatrice me connaisse si bien... et pourtant me connaisse si mal! Le bouffon du prince! Ah! il se pourrait bien qu'on me donnât ce titre, parce que je suis jovial.—Non, je suis sujet à me faire injure à moi-même; je ne passe point pour cela. C'est l'esprit méchant, envieux de Béatrice, qui se dit le monde, et me peint sous ces couleurs. Fort bien, je me vengerai de mon mieux.
(Entrent don Pèdre, Héro et Léonato.)
DON PÈDRE.—Ah! signor, où trouverai-je le comte? L'avez-vous vu.
BÉNÉDICK.—Ma foi, seigneur, je viens de jouer le rôle de dame Renommée. J'ai trouvé ici le comte, aussi mélancolique qu'une cabane dans une garenne[17]. Je lui dis, et je crois avoir dit vrai, que Votre Altesse avait conquis les bonnes grâces de cette jeune dame. Puis je lui offre de l'accompagner jusqu'à un saule, soit pour lui tresser une guirlande, comme à un amant délaissé, ou pour lui fournir un faisceau de verges, comme à un homme qui mériterait d'être fouetté.
Note 17:[ (retour) ] «Ce qui reste de la fille de Sion est comme une cabane dans un vignoble, comme une loge nocturne dans un jardin de concombres.» (Isaïe, chap. 1.)