HÉRO, bas.—Si nous avons réussi, il faut convenir que l'amour dépend du hasard. Cupidon tue les uns avec des flèches, il prend les autres au trébuchet.

(Elles sortent.)

(Béatrice s'avance.)

BÉATRICE.—Quel feu[25] je sens dans mes oreilles! Serait-ce vrai? Me vois-je donc ainsi condamnée pour mes dédains et mon orgueil? Adieu dédains, adieu mon orgueil de jeune fille, vous ne traînez à votre suite aucune gloire. Et toi, Bénédick, persévère, je veux te récompenser; je laisserai mon coeur sauvage s'apprivoiser sous ta main amoureuse. Si tu m'aimes, ma tendresse t'inspirera le désir de resserrer nos amours d'un saint noeud; car on dit que tu as beaucoup de mérite, je le crois sur de meilleures preuves que le témoignage d'autrui.

Note 25:[ (retour) ] Chez nous, les oreilles nous sifflent.

SCÈNE II

Appartement dans la maison de Léonato.

DON PÈDRE, CLAUDIO, BÉNÉDICK ET LÉONATO entrent.

DON PÈDRE.—Je n'attends plus que la consommation de votre mariage, et je prends ensuite la route de l'Aragon.

CLAUDIO.—Seigneur, je vous suivrai jusque-là, si vous daignez me le permettre.