MARGUERITE.—De quoi, madame? De parler d'une chose honorable? Le mariage n'est-il pas honorable, même chez un mendiant? Et, le mariage à part, votre seigneur n'est-il pas honorable? Vous auriez voulu, sauf votre respect, que j'eusse dit un mari? Si une mauvaise pensée ne détourne pas le sens d'une expression franche, je n'offense personne. Y a-t-il du mal à dire le poids d'un mari? Aucun, je pense, dès qu'il s'agit d'un mari légitime et d'une femme légitime; sans quoi il serait léger et non pesant. Mais demandez plutôt à la signora Béatrice, la voici.

(Béatrice entre.)

HÉRO.—Bonjour, cousine.

BÉATRICE.—Bonjour, ma chère Héro.

HÉRO.—Comment donc! vous parlez sur un ton mélancolique.

BEATRICE.—Je suis hors de tous les autres tons, il me semble.

MARGUERITE.—Entonnez-nous l'air de Lumière d'amour[35]. Il se chante sans refrain; vous chanterez, moi je danserai.

Note 35:[ (retour) ] Il est aussi question de cet air dans les Deux Gentilshommes de Vérone.

BÉATRICE.—Oui! Vos talons sont-ils exercés à la mesure de Lumière d'amour? Oh! bien, si votre mari a assez de greniers, vous verrez à ce qu'il ne manque pas de grains[36].

Note 36:[ (retour) ] Barns, greniers, et bairns, vieux mot qui signifie enfant.