BÉATRICE.—Il mit un jour des affiches[2] dans Messine, et défia Cupidon dans l'art de tirer de longues flèches; le fou de mon oncle qui lut ce défi répondit pour Cupidon, et le défia à la flèche ronde.—De grâce, combien a-t-il exterminé, dévoré d'ennemis dans cette guerre? Dites-moi simplement combien il en a tué, car j'ai promis de manger tous les morts de sa façon.
Note 2:[ (retour) ] Il était d'usage parmi les gladiateurs d'écrire des billets portant des défis. Flight et bird bolt étaient différentes sortes de flèches.
LÉONATO.—En vérité, ma nièce, vous provoquez trop le seigneur Bénédick; mais il est bon pour se défendre, n'en doutez pas.
LE MESSAGER.—Il a bien servi, madame, dans cette campagne.
BÉATRICE.—Vous aviez des vivres gâtés, et il vous a aidé à les consommer. C'est un très-vaillant mangeur; il a un excellent estomac.
LE MESSAGER.—Il est aussi bon soldat, madame.
BÉATRICE.—Bon soldat près d'une dame; mais en face d'un homme, qu'est-il?
LE MESSAGER.—C'est un brave devant un brave, un homme en face d'un homme. Il y a en lui l'étoffe de toutes les vertus honorables.
BÉATRICE.—C'est cela en effet; Bénédick n'est rien moins qu'un homme étoffé[3], mais quant à l'étoffe;—eh bien! nous sommes tous mortels.
Note 3:[ (retour) ] A stuffed man.