CONRAD.—Je suis gentilhomme, monsieur, et mon nom est Conrad.

DOGBERRY.—Écrivez M. le gentilhomme Conrad.—Mes maîtres, servez-vous Dieu?

BORACHIO, CONRAD.—Nous l'espérons bien.

DOGBERRY.—Mettez par écrit qu'ils espèrent bien servir Dieu, et écrivez Dieu le premier. Car à Dieu ne plaise que Dieu marche devant de pareils vauriens! Camarades, il est déjà prouvé que vous ne valez guère mieux que des fripons, et l'on en sera bientôt au point de le croire. Que répondez-vous pour votre défense?

CONRAD.—Diantre! monsieur, nous disons que non.

DOGBERRY.—Voilà un compère étonnamment spirituel, je vous l'assure.—Mais je vais user de détour avec lui. Vous, coquin, venez ici: un mot à l'oreille. Monsieur, je vous dis qu'on vous croit tous deux des fripons.

BORACHIO.—Monsieur, je vous dis que nous ne sommes point ce que vous dites.

DOGBERRY.—Allons, tenez-vous à l'écart. Devant Dieu! ils n'ont qu'une réponse pour deux. Avez-vous mis en écrit qu'ils n'en sont point?

LE SACRISTAIN.—Messire constable, vous ne prenez pas la bonne manière pour les examiner. Vous devriez faire appeler les gardiens qui les accusent.

DOGBERRY.—Oui, sans doute, c'est la voie la plus courte; qu'on fasse comparaître la garde. (On fait venir la garde.) Mes maîtres, je vous somme, au nom du prince, d'accuser ces hommes.