ROSALINDE.—Rendez-vous, monsieur, votre réputation n'en sera nullement lésée: nous nous chargeons d'obtenir du duc que la lutte n'aille pas plus loin.
ORLANDO.—Je vous supplie, mesdames, de ne pas me punir par une opinion désavantageuse: j'avoue que je suis très-coupable de refuser quelque chose à d'aussi généreuses dames; mais accordez-moi que vos beaux yeux et vos bons souhaits me suivent dans l'essai que je vais faire. Si je suis vaincu, la honte n'atteindra qu'un homme qui n'eut jamais aucune gloire: si je suis tué, il n'y aura de mort que moi, qui en serais bien aise: je ne ferai aucun tort à mes amis, car je n'en ai point pour me pleurer; ma mort ne sera d'aucun préjudice au monde, car je n'y possède rien; je n'y occupe qu'une place, qui pourra être mieux remplie, quand je l'aurai laissée vacante.
ROSALINDE.—Je voudrais que le peu de force que j'ai fût réunie à la vôtre.
CÉLIE.—Et la mienne aussi pour augmenter la sienne.
ROSALINDE.—Portez-vous bien! fasse le ciel que je sois trompée dans mes craintes pour vous!
ORLANDO.—Puissiez-vous voir exaucer tous les désirs de votre coeur!
CHARLES.—Allons, où est ce jeune galant, qui est si jaloux de coucher avec sa mère la terre?
ORLANDO.—Le voici tout prêt, monsieur; mais il est plus modeste dans ses voeux que vous ne dites.
FRÉDÉRIC.—Vous n'essayerez qu'une seule chute?
CHARLES.—Non, monseigneur, je vous le garantis; si vous avez fait tous vos efforts pour le détourner de tenter la première, vous n'aurez pas à le prier d'en risquer une seconde.