ORLANDO.—Je vous remercie, monsieur; mais, dites-moi, je vous prie, laquelle de ces deux dames, qui assistaient ici à la lutte, était la fille du duc?
LE BEAU.—Ni l'une ni l'autre, si nous les jugeons par le caractère: cependant la plus petite est vraiment sa fille, et l'autre est la fille du duc banni, détenue ici par son oncle l'usurpateur, pour tenir compagnie à sa fille; elles s'aiment, l'une et l'autre, plus que deux soeurs ne peuvent s'aimer. Mais je vous dirai que, depuis peu, ce duc a pris sa charmante nièce en aversion, sans aucune autre raison, que parce que le peuple fait l'éloge de ses vertus, et la plaint par amour pour son bon père. Sur ma vie, l'aversion du duc contre cette jeune dame éclatera tout à coup.—Monsieur, portez-vous bien; par la suite, dans un monde meilleur que celui-ci, je serai charmé de lier une plus étroite connaissance avec vous, et d'obtenir votre amitié.
ORLANDO.—Je vous suis très-redevable: portez-vous bien. (Le Beau sort.) Il faut donc que je tombe de la fumée dans le feu[11]. Je quitte un duc tyran pour rentrer sous un frère tyran: mais, ô divine Rosalinde!...
(Il sort.)
Note 11: [(retour) ]
From the smoke into the smother, de la fumée dans l'étouffoir.
SCÈNE III
Appartement du palais.
Entrent CÉLIE et ROSALINDE.
CÉLIE.—Quoi, cousine! quoi, Rosalinde!—Amour, un peu de pitié! Quoi, pas un mot!
ROSALINDE.—Pas un mot à jeter à un chien[12].