CÉLIE.—Ah! il a la barbe très-courte.
ROSALINDE.—Eh bien! Dieu lui en enverra une plus longue, s'il est reconnaissant. J'attendrai patiemment sa croissance, pourvu que tu ne diffères pas de me faire connaître le menton qui la porte.
CÉLIE.—C'est le jeune Orlando, qui, au même instant, vainquit le lutteur et votre coeur.
ROSALINDE.—Allons, au diable tes plaisanteries! parle d'un ton sérieux et en fille modeste.
CÉLIE.—De bonne foi, cousine, c'est lui-même.
ROSALINDE.—Orlando?
CÉLIE.—Orlando.
ROSALINDE.—Hélas! que ferai-je de mon pourpoint et de mon haut-de-chausses?—Que faisait-il, lorsque tu l'as vu? qu'a-t-il dit? quel air avait-il? où est-il allé? qu'est-il venu faire ici? m'a-t-il demandée? où demeure-t-il? comment t'a-t-il quittée, et quand le reverras-tu? Réponds-moi en un seul mot.
CÉLIE.—Il faut d'abord que vous empruntiez pour moi la bouche de Gargantua[39]; ce mot que vous me demandez est trop gros pour aucune bouche de ce temps-ci: répondre à la fois oui et non à toutes ces questions, est une tâche plus difficile que de répondre au catéchisme.
Note 39: [(retour) ]
On se rappelle que Gargantua avala un jour cinq pèlerins, bourdons et tout, dans une salade.