MÉNÉNIUS.—Eh! qu'y ferai-je?

BRUTUS.—Essayez du moins ce que peut pour Rome l'amitié que vous porte Marcius.

MÉNÉNIUS.—Fort bien; pour revenir vous dire que Marcius m'a renvoyé, comme il a renvoyé Cominius, sans vouloir m'entendre. Et qu'aurai-je gagné à cette démarche? Je reviendrai confus comme un ami rebuté par son ami, et pénétré de douleur de sa cruelle indifférence; car convenez que cela arrivera.

SICINIUS.—Votre bonne volonté méritera du moins les remerciements de Rome; et votre patrie mesurera sa reconnaissance à tout le bien que vous aurez voulu lui faire.

MÉNÉNIUS.—Allons, je veux bien le tenter: je crois qu'il m'écoutera. Cependant, la façon dont il s'est mordu les lèvres, et dont il a marmotté entre ses dents, en recevant ce bon Cominius, ne m'encourage guère.—Non, il n'aura pas été pris dans un moment favorable; sans doute il n'avait pas dîné. Le matin, quand le sang refroidi n'enfle plus nos veines, nous sommes maussades, durs, et incapables de donner et de pardonner: mais quand nous avons rempli les canaux de notre sang par le vin et la bonne chère, l'âme est plus flexible que dans les heures d'un jeûne religieux: j'attendrai donc, pour lui présenter ma requête, le moment qui suivra son repas, et alors j'attaquerai son coeur.

BRUTUS.—Vous connaissez trop bien le chemin qui y conduit pour perdre vos pas.

MÉNÉNIUS.—Je vous le promets; d'honneur, je vais le tenter; advienne que pourra! Avant peu vous saurez quel est mon succès.

(Il sort.)

COMINIUS.—Coriolan ne voudra jamais l'entendre.

SICINIUS.—Croyez-vous?