CORIOLAN.—Loin de moi!
MÉNÉNIUS.—Comment, loin de moi!
CORIOLAN.—Je ne connais plus; ni femme, ni mère, ni enfant. Ma volonté ne m'appartient plus; elle est engagée au service d'autrui: et quoique je me doive à moi ma vengeance personnelle, le pardon de Rome est dans le coeur des Volsques. Nous avons été unis par l'amitié; un ingrat oubli en empoisonnera le souvenir plutôt que de permettre à ma pitié de me rappeler combien nous fûmes intimes. Ainsi, laisse-moi: mon oreille oppose à tes demandes une dureté plus inflexible que le fer que vos portes opposent à ma force. Pourtant, car je t'ai tendrement aimé, prends avec toi cet écrit; je l'ai tracé pour toi, et je te I'aurais envoyé. (Il lui remet un papier.) Pas un mot de plus, Ménénius, je ne l'écouterai pas de toi. (Il lui tourne le dos et le quitte.)—(A Aufidius.) Ce vieillard, Aufidius, était pour moi un père dans Rome; et tu vois....
AUFIDIUS.—Tu sais soutenir ton caractère.
(Ils sortent ensemble.)
PREMIER SOLDAT.—Eh bien! votre nom est donc Ménénius?
SECOND SOLDAT.—C'est un nom, comme vous voyez, dont le charme est bien puissant!—Vous savez par quel chemin on retourne à Rome?
PREMIER SOLDAT.—Avez-vous vu comme nous avons été réprimandés pour avoir barré le passage à Votre Grandeur?
SECOND SOLDAT.—Croyez-vous que j'aie sujet de m'évanouir de peur?
MÉNÉNIUS.—Je ne m'embarrasse plus ni du monde ni de votre général. Pour des être tels que vous, je puis à peine penser qu'ils existent, tant vous êtes petits à mes yeux! Celui qui est décidé à se donner la mort lui-même ne la craint point d'un autre. Que votre général suive à son gré ses fureurs. Demeurez longtemps ce que vous êtes, et puisse votre misère s'accroître avec vos années! Je vous dis ce qu'on m'a dit: Loin de moi!