(Il sort.)

PREMIER SOLDAT.—Un noble mortel, je le garantis.

SECOND SOLDAT.—Le noble mortel, c'est notre général. C'est un rocher, un chêne que le vent ne peut ébranler.

(Les soldats s'éloignent.)

SCÈNE III

La tente de Coriolan.

Entrent CORIOLAN, AUFIDIUS et autres.

CORIOLAN.—Demain, nous rangeons notre armée devant les murs de Rome. Toi, mon collègue, dans cette expédition, tu dois rendre compte au sénat volsque de la franchise que j'ai mise dans ma conduite.

AUFIDIUS.—Oui, tu n'as considéré que les intérêts des Volsques; tu as fermé l'oreille à la prière universelle de Rome; tu ne t'es permis aucune conférence secrète, pas même avec tes plus intimes amis, qui se croyaient sûrs de te gagner.

CORIOLAN.—Le dernier, ce vieillard que j'ai renvoyé à Rome, le coeur brisé, m'aimait plus tendrement que n'aime un père: oui, il m'aimait comme son dieu. Leur dernière ressource était de me renvoyer. C'est pour l'amour de lui, malgré la dureté que je lui ai montrée, que j'ai offert encore une fois les premières conditions: tu sais qu'ils les ont refusées; maintenant ils ne peuvent plus les accepter. C'était uniquement pour ne pas refuser tout à ce vieillard, qui se flattait d'obtenir bien davantage; et c'est lui avoir accordé bien peu. A présent, de nouvelles députations, de nouvelles requêtes, ni de la part de l'État, ni de celle de mes amis particuliers, je n'en veux plus écouter désormais.—Ah! quelles sont ces clameurs? (On entend des cris.) Vient-on tenter de me faire enfreindre mon serment, au moment même où je viens de le prononcer? Je ne l'enfreindrai pas.