CORIOLAN.—Me parler aujourd'hui de blé?—Oui, ce fut mon propos, et je veux le répéter encore.

MÉNÉNIUS.—Pas dans ce moment, pas dans ce moment.

UN SÉNATEUR.—Non, pas dans ce moment, où les esprits sont échauffés.

CORIOLAN.—Dans ce moment même, sur ma vie, je veux le répéter. (Aux sénateurs.)—Vous, mes nobles amis, j'implore votre pardon. Mais pour cette ignoble et puante multitude, qu'elle me regarde pendant que je lui dis ses vérités, et qu'elle se reconnaisse. Oui, en la caressant, nous nourrissons contre le sénat l'ivraie de la révolte, de l'insolence et de la sédition: nous l'avons nous-mêmes cultivée, semée, propagée en la mêlant à notre ordre illustre, nous qui ne manquons pas de vertu, certes, ni de pouvoir, sinon de celui que nous avons donné à la canaille.

MÉNÉNIUS.—C'est assez, calmez-vous.

UN SÉNATEUR.—Plus de paroles, nous vous en conjurons.

CORIOLAN.—Comment, plus de paroles!—De même que j'ai versé mon sang pour mon pays, sans jamais craindre aucune force ennemie,... tant que je respirerai, ma voix ne cessera d'articuler des paroles contre cette lèpre dont nous rougirions d'être atteints, et que pourtant nous prenons tous les moyens de gagner.

BRUTUS.—Vous parlez des masses comme si vous étiez un dieu fait pour punir, et non pas un mortel soumis aux mêmes faiblesses qu'elles.

SICINIUS.—Il serait à propos que le peuple en fût instruit.

MÉNÉNIUS.—De quoi? de quoi? de sa colère?