LE ROMAIN.—Bien sûr, je vous connais, et je suis connu de vous: votre nom, ou je me trompe fort, est Adrien.

LE VOLSQUE.—Cela est vrai: d'honneur, je ne vous remets pas.

LE ROMAIN.—Je suis un Romain; mais je sers, comme vous, contre Rome. Me reconnaissez-vous à présent?

LE VOLSQUE.—N'êtes-vous pas Nicanor?

LE ROMAIN.—Lui-même.

LE VOLSQUE.—Vous aviez une barbe plus épaisse, ce me semble, la dernière fois que je vous ai vu: mais le son de votre voix me rappelle vos traits. Quelles nouvelles de Rome? J'étais chargé par le sénat volsque d'aller vous y chercher: vous m'avez fort heureusement épargné une journée de chemin.

LE ROMAIN.—Il y a eu à Rome d'étranges insurrections: le peuple soulevé contre les sénateurs, les patriciens et les nobles.

LE VOLSQUE.—Il y a eu, dites-vous? Elles sont donc à leur terme? Notre sénat ne le croit pas: on presse, les préparatifs de guerre, et l'on espère fondre sur les Romains au plus chaud de leurs divisions.

LE ROMAIN.—Le plus fort du feu est passé: mais il ne faut qu'une étincelle pour rallumer l'incendie; car les nobles prennent si à coeur le bannissement du brave Coriolan, qu'ils sont tous disposés à ôter au peuple son pouvoir; et à lui enlever ses tribuns pour jamais. Le feu couve sous la cendre, je puis vous I'assurer, et il est près d'éclater avec violence.

LE VOLSQUE.—Coriolan banni?