LE GEOLIER.--Je serai donc pendu, moi?
POSTHUMUS.--Tu seras plus libre alors que ne l'est un geôlier: il n'est point de fers pour les morts.
(Posthumus et le messager sortent.)
LE GEOLIER.--A moins de trouver un homme qui veuille épouser une potence et engendrer des petits gibets, je n'ai jamais vu un prisonnier avoir plus de penchant pour elle. Cependant, sur mon honneur, j'en ai vu de plus scélérats qui tenaient fort à la vie, tout Romain qu'il est; mais il y en a bien aussi quelques-uns d'eux qui meurent malgré eux; j'en ferais bien de même, si j'étais Romain. Je voudrais que nous n'eussions tous qu'une même idée, et une bonne idée. Oh! ce serait la désolation des geôliers et des gibets: je parle là contre mon intérêt présent; mais mon souhait comporte aussi mon avantage.
SCÈNE V
La tente de Cymbeline.
CYMBELINE, BÉLARIUS, GUIDÉRIUS, ARVIRAGUS,
PISANIO, SEIGNEURS anglais, OFFICIERS et SERVITEURS.
CYMBELINE.--Restez à mes côtés, vous que les dieux ont fait les sauveurs de mon trône. Mon coeur est affligé que ce soldat obscur, qui a si noblement combattu, ne se trouve point, lui dont les haillons faisaient honte aux armures dorées, et dont la poitrine nue s'avançait au delà des boucliers impénétrables; il sera heureux celui qui pourra le découvrir, si son bonheur dépend de nos bienfaits.
BÉLARIUS.--Jamais je n'ai vu si noble audace dans un homme si pauvre, tant d'illustres exploits accomplis par quelqu'un dont on n'aurait attendu, à le voir, que l'air misérable et la mendicité.
CYMBELINE.--Et l'on n'a de lui aucunes nouvelles?