PISANIO.--On l'a cherché parmi les morts et parmi les vivants, sans trouver de lui aucune trace.
CYMBELINE.--A mon grand chagrin, je reste donc l'héritier de sa récompense. (A Bélarius, Arviragus et Guidérius.) Je veux l'ajouter à la vôtre, vous l'âme, le coeur, la tête de la Bretagne; vous, par qui, je l'avoue, elle vit encore. Voici maintenant le moment de vous demander qui vous êtes; déclarez-le.
BÉLARIUS.--Seigneur, nous sommes nés dans la Cambrie, et nous sommes gentilshommes. Nous vanter d'autre chose, ce serait n'être ni vrai ni modeste, à moins que je n'ajoute encore que nous sommes gens d'honneur.
CYMBELINE.--Fléchissez le genou. Relevez-vous, mes chevaliers de la bataille; je vous nomme les compagnons de notre personne, et je vous revêtirai des dignités qui conviennent à votre rang. (Entrent Cornélius et les dames de la reine.) Ces visages nous annoncent quelque chose.--Pourquoi saluez-vous notre victoire d'un air si triste? A vous voir, on vous prendrait pour des Romains, et non pour être de la cour de Bretagne.
CORNÉLIUS.--Salut, grand roi! je suis forcé d'empoisonner votre bonheur: il faut vous apprendre que la reine est morte.
CYMBELINE.--A qui ce message conviendrait-il moins qu'à un médecin? Mais je réfléchis que si la médecine peut prolonger la vie, la mort saisira pourtant un jour le médecin. Comment a-t-elle fini?
CORNÉLIUS.--Dans les horreurs; elle est morte dans la rage comme elle a vécu. Cruelle au monde, elle a fini par être cruelle à elle-même. Les aveux qu'elle a faits, je vous les rapporterai si vous le voulez; voilà ses femmes, elles peuvent me démentir si je m'écarte de la vérité: les joues humides, elles ont assisté à ses derniers moments.
CYMBELINE.--Je vous prie, parlez.
CORNÉLIUS.--D'abord elle a déclaré qu'elle ne vous aima jamais, qu'elle tenait à la grandeur qui venait de vous, et non à vous, qu'elle n'a épousé que votre royauté, qu'elle était la femme de votre sceptre, mais qu'elle abhorrait votre personne.
CYMBELINE.--Ce secret ne fut connu que d'elle; et si elle ne l'avait pas dit en mourant, je n'en pourrais croire l'aveu de ses lèvres. Poursuivez.