LUCIUS.--Bon jeune homme, je ne te prie point de demander la vie pour moi, et cependant je sais que tu vas le faire.

IMOGÈNE.--Non, non, hélas! d'autres soins m'occupent; j'aperçois ici un objet dont la vue est aussi cruelle pour moi que la mort; pour votre vie, bon maître, songez vous-même à la sauver.

LUCIUS, surpris.--Cet enfant me dédaigne, il m'abandonne et me rebute! Courte est la joie de ceux qui la fondent sur l'attachement des jeunes filles et des enfants!... Mais d'où vient cette perplexité où je le vois?

CYMBELINE.--Que désires-tu, jeune homme? Tu me plais de plus en plus; réfléchis de plus en plus à ce qu'il te vaut mieux demander.--Connais-tu cet homme sur qui s'attachent tes regards? parle, veux-tu qu'il vive? est-il ton parent, ton ami?

IMOGÈNE.--C'est un Romain; il n'est pas plus mon parent que je ne le suis de Votre Majesté; encore moi, qui suis né votre vassal, je vous tiens de plus près.

CYMBELINE.--Pourquoi donc le regardes-tu ainsi?

IMOGÈNE.--Je vous le dirai, seigneur, en particulier, si vous daignez m'entendre.

CYMBELINE.--Oui, de tout mon coeur; et je te promets toute mon attention. Quel est ton nom?

IMOGÈNE.--Fidèle, seigneur.

CYMBELINE.--Tu es mon enfant, mon page; je veux être ton maître. Viens avec moi, et parle librement.