IMOGÈNE, à Bélarius.--Vous êtes aussi mon père; c'est à vos secours que je dois de voir ce jour de bonheur.
CYMBELINE.--Tous heureux, excepté ces prisonniers chargés de chaînes; qu'ils partagent aussi notre joie: je veux qu'ils se ressentent de notre bonheur.
IMOGÈNE, à Lucius.--Mon bon maître, je veux vous servir encore.
LUCIUS.--Vivez heureuse!
CYMBELINE.--Et ce soldat isolé, qui a si vaillamment combattu, qu'il figurerait bien ici! sa présence ferait éclater la reconnaissance de son roi.
POSTHUMUS.--Seigneur, je suis le soldat de pauvre apparence qui accompagnait ces trois braves; ce costume favorisait le projet que je suivais alors.--Ne suis-je pas ce soldat, Iachimo? parle; je t'avais terrassé, et je pouvais t'achever.
IACHIMO, se prosternant.--Je suis terrassé de nouveau; mais c'est le poids de ma conscience qui force en ce moment mon genou à fléchir, comme l'y forçait naguère votre bras. Prenez, je vous en conjure, cette vie que je vous dois tant de fois; mais auparavant reprenez votre bague, et ce bracelet de la princesse la plus fidèle qui ait jamais engagé sa foi.
POSTHUMUS.--Ne te prosterne point devant moi, l'avantage que je veux obtenir sur toi, c'est d'épargner ta vie; le ressentiment que je veux te montrer, c'est de te pardonner. Vis, et agis mieux envers les autres.
CYMBELINE.--Noble arrêt! notre gendre nous donnera l'exemple de la générosité. Pardon est le mot que j'adresse ici à tous.
ARVIRAGUS, à Posthumus.--Vous nous avez aidés, seigneur, comme si vous aviez en effet l'intention d'être notre frère; nous sommes ravis que vous le soyez devenu.