POSTHUMUS.--Princes, je suis votre serviteur. Noble seigneur de Rome, mandez ici votre devin. Pendant que je dormais, il m'a semblé que le grand Jupiter m'apparaissait sur son aigle, avec d'autres visions de fantômes de ma famille; en me réveillant, j'ai trouvé sur mon sein cet écrit dont le contenu est d'un sens si obscur que je n'en puis rien tirer. Qu'il prouve son habileté en l'expliquant.
LUCIUS.--Philarmonus!
LE DEVIN.--Me voici, seigneur.
LUCIUS.--Lis et explique ces paroles.
LE DEVIN, lisant.--«Quand un lionceau à lui-même inconnu trouvera sans la chercher une créature légère comme l'air, et sera reçu dans ses bras; lorsque les rameaux d'un cèdre auguste, coupés et morts pendant plusieurs années, renaîtront pour se réunir au vieux tronc et pousseront avec vigueur, alors Posthumus trouvera la fin de ses misères, et la Bretagne heureuse fleurira dans la paix et dans l'abondance.» Toi, Léonatus, tu es le lionceau; c'est ce qu'indique l'explication naturelle de ton nom de Léonatus; la créature légère comme l'air, c'est (au roi) ta vertueuse fille, que nous appellerons mollis aer; et mollis aer nous l'appellerons mulier; et cette mulier, c'est cette fidèle épouse de Posthumus qui, justifiant la lettre de l'oracle, inconnu à lui-même et sans avoir cherché, s'est vu embrassé par cet air léger.
CYMBELINE.--Ceci a quelque vraisemblance.
LE DEVIN.--Ce cèdre altier, roi Cymbeline, c'est toi, et tes branches coupées sont l'emblème de tes deux fils qui, dérobés par Bélarius et crus morts pendant des années, renaissent aujourd'hui réunis au cèdre majestueux dont les rejetons promettent à la Bretagne paix et abondance.
CYMBELINE.--Eh bien! nous commencerons par la paix. Lucius, quoique vainqueurs, nous rendons hommage à César et à l'empire romain, promettant de payer notre tribut accoutumé; ce fut notre méchante reine qui nous en dissuada; mais la justice du ciel n'a que trop appesanti, sur elle et sur les siens, son bras vengeur.
LE DEVIN.--Les puissances du ciel accordent elles-mêmes les instruments pour célébrer l'harmonie de cette paix. La vision prophétique que j'ai annoncée à Lucius avant le choc de cette bataille, à peine éteinte, s'accomplit maintenant de tout point. L'aigle romaine que j'ai vue prendre son vol dans les cieux de l'orient au couchant, diminuer par degrés à ma vue, et se perdre enfin dans les rayons du soleil, annonçait que notre aigle impérial, notre prince César, renouvellerait son alliance avec l'illustre Cymbeline, qui brille ici à l'occident.
CYMBELINE.--Rendons aux dieux des actions de grâce. Que la fumée de nos sacrifices s'élève de nos saints autels jusqu'à leurs narines! Annonçons cette paix à tous nos sujets.--Mettons-nous en marche. Qu'une enseigne romaine et une enseigne anglaise flottent unies ensemble dans les airs. Traversons ainsi la cité de Lud, et allons au temple du grand Jupiter ratifier notre paix. Scellons-la par des fêtes. Allons, marchons. Jamais guerre ne finit ainsi par une si prompte paix, avant même que les guerriers aient lavé leurs mains ensanglantées!