LUCIUS.--Je suis fâché, Cymbeline, d'avoir à te déclarer pour ennemi César Auguste, qui compte plus de rois à ses ordres que tu n'as d'officiers à ta cour. Au nom de César, je t'annonce la guerre et la ruine: prévois un orage auquel rien ne pourra résister. Après ce défi, je te remercie en mon propre nom.

CYMBELINE.--Tu es le bienvenu, Caïus, ton César m'a fait chevalier; j'ai passé près de lui une grande partie de ma jeunesse; j'ai recueilli près de lui cet honneur qu'il cherche aujourd'hui à me ravir; je suis contraint de le défendre à toute extrémité.--Je suis bien informé que les Pannoniens et les Dalmatiens, pour maintenir leurs franchises, sont maintenant en armes. Si, dans cet exemple, les Bretons ne lisaient pas leur devoir, ils se montreraient insensibles; c'est ce que César ne les trouvera pas.

LUCIUS.--Laissez parler les preuves.

CLOTEN.--Sa Majesté vous souhaite la bienvenue: passez gaiement avec nous un jour ou deux, ou plus encore. Après, si vous revenez nous chercher dans d'autres intentions, vous nous trouverez dans notre ceinture d'eau salée. Si vous nous en chassez, elle est à vous; si vous échouez dans l'entreprise, nos corbeaux en feront meilleure chère à vos dépens, et tout finit là.

LUCIUS.--Comme vous dites, seigneur.

CYMBELINE.--Je connais les volontés de votre maître; lui, les miennes. Il ne me reste plus qu'à vous dire: soyez le bienvenu.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

Un autre appartement dans le même palais.

PISANIO entre, des lettres à la main.