IMOGÈNE.--Richard du Champ. (A part.) Si je fais un mensonge, sans qu'il nuise à personne; j'espère que les dieux qui m'entendent me le pardonneront. (A Lucius.) Vous demandez, seigneur...
LUCIUS.--Ton nom!
IMOGÈNE.--Fidèle.
LUCIUS.--Tu prouves que tu mérites ce nom qui s'accorde bien avec ta fidélité, qui convient également à ton nom. Veux-tu courir ta chance auprès de moi? je ne te dis pas que tu retrouves un aussi bon maître, mais sois sûr de n'être pas moins chéri. Des lettres de l'empereur, qu'il m'enverrait par un consul, ne te recommanderaient pas mieux auprès de moi que ton propre mérite; viens avec moi.
IMOGÈNE.--Je vous suivrai, seigneur. Mais auparavant, si les dieux le permettent, je veux dérober mon maître aux mouches, et le cacher dans la terre aussi avant que pourront creuser ces faibles instruments. Laissez-moi couvrir son tombeau d'herbes et de feuilles sauvages, prononcer sur lui prières sur prières, comme je pourrai les dire... et les répéter deux fois; laissez-moi gémir et pleurer, et après avoir ainsi quitté son service, je vous suivrai, si vous daignez vous charger de moi.
LUCIUS.--Oui, bon jeune homme; et je serai plutôt ton père que ton maître.--Mes amis, cet enfant nous a enseigné les devoirs de l'homme. Cherchons ici le gazon le plus beau et le plus émaillé de marguerites que nous pourrons, et creusons un tombeau avec nos piques et nos pertuisanes; allons, soulevez-le dans vos bras. Jeune homme, c'est toi qui le recommandes à nos soins, il sera enterré comme des soldats le peuvent faire; console-toi, essuie tes pleurs. Il est des chutes qui nous servent à relever plus heureux.
(Ils sortent; Imogène les suit tristement.)
SCÈNE IV
Appartement dans le palais de Cymbeline.
CYMBELINE, SEIGNEURS et PISANIO.