CYMBELINE.--Retournez, et revenez m'informer de l'état de la reine. Une fièvre allumée par l'absence de son fils, un délire qui met sa vie en danger! Ciel, comme tu me frappes cruellement d'un seul coup! Imogène, ma plus grande consolation, est partie; la reine est dans son lit, dans un état désespéré, et cela au moment où des guerres redoutables me menacent! Son fils, qui me serait à présent si nécessaire, parti aussi! Tant de coups m'accablent, et me laissent sans espoir... (A Pisanio) Mais toi, misérable, qui dois être instruit de l'évasion de ma fille, et qui feins l'ignorance, nous t'arracherons ton secret par de cruelles tortures.

PISANIO.--Seigneur, ma vie est à vous, je l'abandonne humblement à votre bon plaisir: mais, pour ma maîtresse, je ne sais rien du lieu qu'elle habite, ni pourquoi elle est partie, ni quand elle se propose de revenir. Je conjure Votre Majesté de me tenir pour son loyal serviteur.

PREMIER SEIGNEUR.--Mon bon seigneur, le jour même qu'elle disparut, cet homme était ici: j'ose répondre qu'il dit vrai, et qu'il s'acquittera fidèlement de tous les devoirs de l'obéissance. Pour Cloten, on ne manque point d'activité dans sa recherche, et sans doute on parviendra à le découvrir.

CYMBELINE.--Le moment est difficile, je veux bien te laisser en paix pour un temps, mais mes soupçons subsistent.

PREMIER SEIGNEUR.--Sous le bon plaisir de Votre Majesté, les légions romaines, toutes tirées des Gaules, ont abordé sur vos côtes avec un renfort de nobles Romains envoyés par le sénat.

CYMBELINE.--Que j'aurais besoin maintenant des conseils de mon fils et de la reine! Je suis accablé par les affaires.

PREMIER SEIGNEUR.--Mon bon seigneur, les forces que vous avez sur pied sont en état de faire tête à toutes celles dont je vous parle: s'il en vient davantage, vous êtes prêt à leur résister; il ne reste plus qu'à mettre en mouvement toutes ces forces, qui brûlent du désir de marcher.

CYMBELINE.--Je vous remercie... Rentrons, et faisons face aux circonstances qui se présentent. Je ne crains point les coups de l'Italie; mais je déplore les malheurs arrivés ici.--Retirons-nous.

(Ils sortent.)

PISANIO, seul.--Point de lettre de mon maître depuis que je lui ai mandé qu'Imogène avait été immolée; c'est étrange: aucunes nouvelles de ma maîtresse qui m'avait promis de m'en donner souvent; je ne sais pas davantage ce qu'est devenu Cloten: une perplexité générale m'environne. Cependant le ciel agira. Là où je suis perfide, c'est par honnêteté; je suis fidèle en n'étant pas fidèle; la guerre présente fera voir aux yeux du roi même que j'aime mon pays, ou bien j'y périrai. Laissons au temps le soin d'éclaircir tous les autres doutes. La fortune conduit au port certains vaisseaux qui n'ont pas de pilote.