HAMLET.—Que le ciel t'en absolve! je te suis. Je suis mort, Horatio. Reine misérable, adieu...! Vous, que je vois pâlir et trembler à ce coup, vous qui n'êtes, au milieu d'un tel spectacle, que des muets ou un public, si seulement j'avais le temps!... car c'est un huissier féroce que la mort, et strict à signifier ses arrêts.-Oh! je vous dirais... mais, laissons cela... Horatio, je suis mort, tu vis; redresse Hamlet et sa cause, aux yeux des mécontents.

HORATIO.—N'y comptez pas; je tiens plus de l'ancien Romain que du Danois. Il reste ici un peu de liqueur.

HAMLET.—Si tu es un homme, donne-moi la coupe. Lâche-la, par le ciel! je l'aurai... O Dieu! Horatio, quel nom meurtri va me survivre, si les choses demeurent ainsi ignorées! Si tu m'as jamais porté dans ton coeur, absente-toi quelque temps encore de la suprême félicité; reste dans ce monde cruel à respirer un air douloureux, pour raconter mon histoire, (Une marche sonne au loin; coups de canon derrière la scène.) Quel est ce bruit guerrier?

OSRICK.—Le jeune Fortinbras, revenu de Pologne en conquérant, envoie aux ambassadeurs d'Angleterre cette salve guerrière.

HAMLET.—Ah! je meurs, Horatio! le poison puissant abat tout à fait mes esprits; je ne pourrai vivre assez pour savoir les nouvelles d'Angleterre. Mais je prédis que l'élection se fixera sur Fortinbras: il a ma voix mourante; dis-lui cela, avec les circonstances, grandes ou petites, qui ont provoqué... le reste appartient au silence.

(Il meurt.)

HORATIO.—Ainsi se brise un noble coeur. Dors bien, cher prince; et que des essaims d'anges chantent pour te porter au repos! (Une marche derrière la scène.) Mais pourquoi le tambour vient-il ici?

(Entrent Fortinbras, les ambassadeurs d'Angleterre et autres.)

FORTINBRAS.—Où est ce spectacle?

HORATIO.—Qu'est-ce que vous voulez voir? Si c'est du malheur ou de la stupeur, ne cherchez pas plus loin.