LAERTES.—La voici, Hamlet. Hamlet, tu es mort; point de remède au monde qui puisse te faire du bien; tu n'as plus en toi une demi-heure de vie; le perfide instrument est, dans ta main, affilé et envenimé. L'infâme artifice s'est retourné contre moi; voici, je suis ici gisant pour ne me relever jamais. Ta mère est empoisonnée. Je n'en puis plus. Le roi, le roi est coupable!
HAMLET.—La pointe envenimée aussi! Alors, venin, fais ton oeuvre!
(Il frappe le roi.)
OSRICK ET LES SEIGNEURS.—Trahison! trahison!
LE ROI.—Oh! défendez-moi encore, amis, je ne suis que blessé.
HAMLET.—Tiens, toi, incestueux, assassin, damnable roi, achève ce breuvage! Est-elle là dedans, ta belle alliance? Eh bien! va rejoindre ma mère.[67]
(Le roi meurt.)
Note 67:[ (retour) ] Le texte porte:
Drink of this potion. Is thy union here? Follow my mother.
On appelait union toute perle de beauté rare et qu'on pouvait croire ou prétendre unique en son genre. Mais ici, très probablement, par un dernier sarcasme tout à fait conforme à ses habitudes de langage, Hamlet équivoque sur l'autre sens d'union; ce qu'il nous semble sous-entendre pourrait se développer ainsi: «Est-ce là qu'est ta perle, le gage empoisonné de ta feinte union avec moi? Eh bien! qu'il te réunisse à ta femme maintenant!» Notre mot français alliance, avec son second sens familier bague de mariage, se prête à un sous-entendu équivalent qui nous a seulement causé une très-légère addition, plus haut (v. p. 277, note 2); en l'avouant et en l'expliquant, le traducteur a cru pouvoir se la permettre.
LAERTES.—Il est servi selon ses mérites! C'est un poison préparé par lui-même... Échange le pardon avec moi, noble Hamlet; que ma mort et celle de mon père ne tombent pas sur toi, ni la tienne sur moi!
(Il meurt.)