Le camp des rebelles près de Shrewsbury.

Entrent HOTSPUR, WORCESTER, DOUGLAS.

HOTSPUR.--Très-bien parlé, mon noble Écossais. Si la vérité dans ce siècle poli n'était pas prise pour la flatterie, on pourrait dire de Douglas qu'il n'est point de notre temps un guerrier dont le nom parcoure aussi généralement l'univers. Par le ciel, il m'est impossible de flatter: je dédaigne le doucereux langage des courtisans; mais il n'est point d'homme qui occupe une plus belle place que vous dans mon coeur et mon amitié. Oui, sommez-moi de ma parole, éprouvez-moi, milord.

DOUGLAS.--Tu es roi de l'honneur.--Il n'est point sur la terre d'homme si puissant que je ne sois prêt à lui tenir tête.

HOTSPUR.--N'y manquez pas, tout sera au mieux.--(Entre un messager.) Quelles lettres as-tu là?--(A Douglas.) Je ne sais que vous remercier.

LE MESSAGER.--Ces lettres viennent de votre père.

HOTSPUR.--Des lettres de lui! Pourquoi ne vient-il pas lui-même?

LE MESSAGER.--Il ne peut venir, milord; il est dangereusement malade.

HOTSPUR.--Morbleu! comment a-t-il le loisir d'être malade, au moment de se battre?--Qui conduit ses troupes? Sous le commandement de qui nous arrivent-elles?

LE MESSAGER.--Ses lettres pourront vous le dire, milord, et non pas moi.