DOUGLAS.--Oui, j'y vais et de grand coeur.
(Il sort.)
WORCESTER.--Le roi n'a pas l'air de vouloir faire grâce.
HOTSPUR.--L'auriez-vous demandée? Dieu nous en préserve!
WORCESTER.--Je lui ai parlé avec douceur de nos griefs, du serment qu'il a violé, et pour raccommoder les choses il jure aujourd'hui qu'on lui manque de foi, et ses armes hautaines nous feront, dit-il, porter le châtiment de ce nom odieux.
(Rentre Douglas.)
DOUGLAS.--Aux armes! messieurs, aux armes! Car je viens de lancer un audacieux défi à la face du roi Henri. Westmoreland, qui était en otage, va le lui porter, et il ne peut manquer de nous l'amener promptement.
WORCESTER.--Le prince de Galles s'est avancé devant le roi, et il vous a défié, mon neveu, à un combat singulier.
HOTSPUR.--Oh! plût à Dieu que la querelle reposât sur nos deux têtes, qu'Henri Monmouth et moi nous fussions les seuls à perdre le souffle aujourd'hui.--dites-moi, dites-moi: de quel air m'a-t-il provoqué? y entrait-il du mépris?
VERNON.--Non, sur mon âme. Je n'ai de ma vie entendu prononcer un défi avec plus de modestie, si ce n'est lorsqu'un frère appelle son frère à jouter avec lui et à s'essayer aux armes. Il vous a rendu tous les égards qu'on peut rendre à un homme; il a d'une voix généreuse fait éclater vos mérites et parlé de vos exploits comme le ferait une chronique, vous élevant toujours au-dessus de son éloge, et dédaignant l'éloge comparé à ce qui vous est dû; et ce qui est digne d'un prince, il a parlé de lui-même en rougissant; et il s'est reproché sa jeunesse indolente, avec tant de grâce, qu'il semblait exercer en ce moment le double emploi d'enseigner et d'apprendre. Là il s'est arrêté. Mais qu'il me soit permis d'annoncer à l'univers que, s'il survit aux dangers de cette journée, l'Angleterre n'a jamais possédé d'espérance si belle, si mal reconnue à travers les étourderies de la jeunesse.