FALSTAFF.--Soyez le bienvenu, enseigne Pistol. Tenez, Pistolet [32], je vous charge d'un verre de vin d'Espagne; faites feu sur mon hôtesse.

Note 32:[ (retour) ] Pistol signifie pistolet, et les plaisanteries de Falstaff portent sur cette acception du mot. On peut supposer que Falstaff emploie ici le diminutif.

PISTOL.--De bon coeur, sir Jean, elle peut compter sur deux balles.

FALSTAFF.--Elle est à l'épreuve du pistolet, mon cher, vous ne sauriez lui faire mal.

L'HÔTESSE.--Non pas, on ne me fera pas boire ainsi par épreuve ni à coups de pistolet. On ne me ferait pas boire quand cela ne me convient pas, pour le service d'homme au monde, entendez-vous?

PISTOL.--Eh bien, à vous donc, mistriss Dorothée, c'est vous que j'attaque.

DOROTHÉE.--M'attaquer, moi! je te méprise, vilain galeux. Qu'est-ce que c'est donc qu'une misérable canaille comme ça, un drôle, un filou, un va-nu-pieds? Veux-tu me laisser tranquille, coquin moisi? veux-tu me laisser tranquille? c'est pour ton maître que je suis faite.

PISTOL.--Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vous connais, mistriss Dorothée.

DOROTHÉE.--Veux-tu me laisser tranquille! coquin de voleur, vilain bouchon, veux-tu me laisser tranquille! Par ce verre de vin, je te flanque mon couteau dans ton groin crotté, si tu fais l'insolent avec moi. Laisse-moi tranquille, gredin de petit Pierre, mauvais bretailleur éreinté. Et depuis quand, je vous en prie, cela s'appelle-t-il monsieur? Comment! deux aiguillettes sur l'épaule? Voyez donc ça.

PISTOL.--Pour cette affaire-là votre collerette ne mourra que de ma main.