FALSTAFF.--Allons finissons, Pistol. Je ne trouverais pas bon que vous vinssiez à vous oublier ici. Débarrassez-nous de votre personne, Pistolet.
L'HÔTESSE.--Non, mon bon capitaine Pistol; pas ici, mon cher capitaine.
DOROTHÉE.--Toi capitaine! abominable damné de filou; n'as-tu pas honte de t'entendre appeler capitaine? Si les capitaines étaient de mon avis, vous seriez bâtonné pour avoir pris ce nom-là avant de l'avoir gagné. Vous capitaine! Un gredin! Et pourquoi? pour avoir déchiré dans un mauvais lieu la collerette de quelque pauvre coquine. Lui capitaine! puisse-t-il être pendu, le coquin! Mangeur de pruneaux cuits et de vieux gâteaux secs! Capitaine! Ces vilains-là parviendront à rendre le nom de capitaine aussi odieux que le mot occuper [33], qui était une très-bonne expression avant qu'ils la déshonorassent; c'est à quoi les capitaines feront bien de prendre garde.
Note 33:[ (retour) ] Occupy, occupier, occupant, étaient devenus, à ce qu'il paraît, par l'usage qu'on en avait fait, des expressions obscènes.
BARDOLPH.--Je t'en prie, va-t'en, mon cher enseigne.
FALSTAFF.--Écoute un peu, mistriss Doll.
PISTOL.--Non pas, je te dis la chose comme elle est, caporal Bardolph. Je suis capable de la mettre en loques; il faut que je sois vengé.
LE PAGE.--Je t'en prie, va-t'en.
PISTOL.--Je la verrai plutôt damnée dans l'étang maudit de Pluton, au fin fond de l'enfer, avec l'Érèbe et tous les plus vilains tourments. Prenez la ligne et le hameçon; je dis, à bas, à bas, chiens! à bas, drôles! N'avons-nous pas Hirène ici? [34]
Note 34:[ (retour) ] Have we not hiren here? Il est absolument impossible de donner aucune explication satisfaisante sur les allusions et les citations dont se compose le langage de Pistol. Tirées pour la plupart de pièces de théâtre aujourd'hui inconnues, et pour la plupart encore défigurées par ce burlesque personnage, elles pouvaient avoir pour le public du temps de Shakspeare un mérite entièrement perdu aujourd'hui, et ne laissent plus saisir que l'intention du rôle. Il paraît bien, au reste qu'hiren était, en style d'argot, une des dénominations des filles publiques (huren en allemand). Il serait possible aussi qu'en raison de la consonnance de ce mot avec iron (fer), les tapageurs du temps eussent donné ce même nom à leur épée.