NYM.--Bonjour, lieutenant Bardolph.

BARDOLPH.--Eh bien, le vieux Pistol et vous, êtes-vous toujours amis?

NYM.--Pour moi, certes, cela m'est bien égal: je ne fais pas grand bruit; mais quand l'occasion se présentera, on me verra la saisir en souriant. N'importe, il arrivera ce qui pourra. Non, je n'ose pas me battre. Mais je ne veux que donner un coup d'oeil, et puis tenir mon fer devant moi. C'est une simple lame; mais qu'est-ce que cela fait? elle sera bonne pour le chaud et le froid autant qu'épée d'homme vivant; et voilà tout le plaisant de la chose.

BARDOLPH.--Je veux vous donner à déjeuner pour vous rapatrier: et nous irons tous trois en France comme de bons frères. Allons, ainsi soit-il, caporal Nym?

NYM.--Ma foi, je vivrai tant que j'ai à vivre, voilà ce qu'il y a de sûr; et quand je ne pourrai plus vivre, je ferai comme je pourrai. Voilà ce que j'ai à dire là-dessus, et tout finit là.

BARDOLPH.--Ce qu'il y de certain, caporal, c'est qu'il est marié à Hélène Quickly; et il n'est pas douteux qu'elle vous a manqué essentiellement; car enfin elle vous avait donné sa foi.

NYM.--Je ne sais pas: il faut bien que les choses arrivent comme elles doivent arriver. Les gens peuvent dormir quelquefois, et pendant ce temps-là avoir leur gorge à côté d'eux; et comme on dit les couteaux ont des tranchants. Il faut laisser aller les choses. Quoique Patience soit un cheval fatigué, il faudra bien qu'elle laboure; les choses auront nécessairement une fin: enfin je ne puis rien dire.

(Entrent Pistol et mistriss Quickly.)

BARDOLPH.--Voilà le vieux Pistol, et sa femme qui viennent. Mon cher caporal, soyez patient.--Eh bien! comment vous va, mon hôte Pistol?

PISTOL.--Maraud, je crois que tu m'appelles ton hôte? je jure par cette main que j'en déteste le titre; aussi mon Hélène ne tiendra plus d'auberge.