LE ROI.--O Dieu des batailles! fortifie le coeur de mes soldats! Écarte d'eux la peur! Ote-leur la faculté de compter le nombre de leurs ennemis. Ne leur enlève pas aujourd'hui leur courage, ô Seigneur! oh! pas aujourd'hui! ne te souviens point de la faute que mon père a commise pour saisir la couronne! J'ai rendu de nouveaux honneurs aux cendres de Richard, et j'ai versé sur lui plus de larmes de repentir que le coup mortel n'a fait sortir de son sein de gouttes de sang: j'entretiens d'une aumône journalière cinq cents pauvres qui, deux fois le jour, lèvent vers le ciel leurs mains flétries, et le prient de pardonner le sang répandu: j'ai bâti deux chapelles, où des prêtres austères entonnent leurs chants solennels pour le repos de l'âme de Richard; je ferai plus encore, quoique, hélas! tout ce que je peux faire ne soit d'aucune valeur, et le repentir vient encore implorer de toi le pardon.

(Entre Glocester.)

GLOCESTER.--Mon souverain!

LE ROI.--Est-ce la voix de mon frère Glocester que j'entends?--Oui, je connais le sujet qui vous amène.--Je vais m'y rendre avec vous.--Le jour, mes amis, tout m'attend.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

Le camp des Français.

LE DAUPHIN, LE DUC D'ORLÉANS, RAMBURE, et autres.

LE DUC D'ORLÉANS.--Le soleil dore notre armure; allons, mes pairs.

LE DAUPHIN.--Montez à cheval.--Mon cheval! Holà, valets, laquais.