CATHERINE.--Laissez, mon seigneur, laissez, laissez; sur mon honneur, je ne souffrirai pas que vous abaissiez votre grandeur en baisant la main de votre indigne serviteure: excusez-moi, je vous supplie, mon très-puissant seigneur.
LE ROI.--Eh bien, je vous baiserai donc les lèvres, Catherine.
CATHERINE.--Les dames et demoiselles de France pour être baisées devant leurs nopces, il n'est pas la coutume de France.
LE ROI.--Madame mon interprète, que dit-elle?
ALIX.--Que ne pas être de mode par les ladies de France, je ne sais pas dire baisers en english.
LE ROI.--Baiser!
ALIX.--Votre Majesté entendre mieux que moi.
LE ROI.--Ce n'est pas la mode des filles en France de baiser avant d'être mariées. N'est-ce pas ce qu'elle a voulu dire?
ALIX.--Oui vraiment.
LE ROI.--Oh! Catherine, les vaines modes cèdent à la puissance des rois. Ma chère Catherine, nous ne saurions, vous et moi, être compris dans la liste vulgaire de ceux qui doivent se soumettre aux usages d'un pays. C'est nous, Catherine, qui faisons les usages; et la liberté, qui marche à notre suite, ferme la bouche à la censure, comme je veux, pour vous punir de votre attachement aux petites modes de votre pays, fermer la vôtre par un baiser: ainsi, de la complaisance.... et de bonne grâce, je vous prie. (Il l'embrasse.) Vous avez un charme sur les lèvres! La seule impression de leur douce ambroisie a plus d'éloquence que toutes les voix du conseil de France, et elles persuaderaient bien plus vite Henri d'Angleterre qu'une pétition générale des monarques. Votre père vient à nous.