(Entrent le roi et la reine de France, le duc de Bourgogne, Bedfort, Glocester, Exeter, Westmoreland et autres seigneurs anglais et français.)

LE DUC DE BOURGOGNE.--Dieu garde Votre Majesté! Étiez-vous là, mon cousin, occupé à enseigner l'anglais à notre princesse?

LE ROI.--Je voulais lui enseigner, mon beau cousin, combien je l'aime; et c'est là, je vous l'assure, du bon anglais.

LE DUC DE BOURGOGNE.--A-t-elle des dispositions?

LE ROI.--Notre langue est un peu dure, cousin, et mon caractère n'est pas doucereux; de sorte que n'ayant pour moi ni la voix, ni le coeur de l'adulation, je n'ai pas l'art magique de conjurer en elle l'esprit d'amour, de manière à l'engager à se montrer sans voile et sous ses traits naturels.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Pardonnez à la franchise de ma gaieté si je vous réponds à cela. Si vous voulez conjurer en elle, il vous faut faire un cercle; si vous voulez conjurer l'amour en elle tel qu'il est, il faut qu'il paraisse nu et aveugle. Or, en ce cas, pouvez-vous blâmer une jeune fille qui n'a encore été colorée que du seul vermillon de la pudeur virginale, si elle refuse qu'on lui présente un enfant nu et aveugle? C'était là sûrement, seigneur, faire une dure proposition à une jeune princesse.

LE ROI.--Cependant, tout en fermant les yeux, elles y consentent toutes.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Elles sont donc excusables, seigneur, puisqu'elles ne voient pas ce qu'elles font.

LE ROI.--Eh bien, mon cher duc, enseignez donc à votre belle cousine à consentir de fermer les yeux pour moi.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Je le veux bien, seigneur, si vous voulez lui enseigner à comprendre ce que je vais dire. Les filles sont comme les mouches qui, pendant les chaleurs de l'été, sont fières et rétives; mais une fois la Saint-Barthélemy passée, elles semblent aveugles, quoiqu'elles aient leurs yeux: alors elles souffrent qu'on les touche, tandis qu'auparavant elles fuyaient jusqu'aux regards.