(Une alarme. Entre un soldat anglais criant: Talbot! Talbot! Le roi, les ducs et la Pucelle fuient, laissant derrière eux une partie de leurs habits.)
LE SOLDAT.--J'aurai bien la hardiesse de prendre ce qu'ils ont laissé. Le cri de Talbot me sert d'épée. Me voilà chargé de dépouilles, sans avoir employé d'autre arme que son nom. (Il sort.)
SCÈNE II
Orléans.--Dans la ville.
Entrent TALBOT, BEDFORD, LE DUC DE BOURGOGNE, UN CAPITAINE et autres.
BEDFORD.--Le jour commence à percer, et la nuit fuit en repliant le noir manteau dont elle couvrait la terre. Cessons ici notre chaude poursuite, et faisons sonner la retraite.
(On sonne la retraite.)
TALBOT.--Qu'on apporte le corps du vieux Salisbury et qu'on le dépose au milieu de la place publique, dans le centre même de cette ville maudite.--Me voilà donc acquitté du voeu que j'avais fait à son âme. Pour chaque goutte de sang qu'il a perdue, cinq Français au moins sont morts cette nuit, et afin que les siècles futurs sachent quel désastre a produit sa vengeance, je veux ériger dans leur principal temple une tombe où sera enterré son corps: sur sa tombe, et de telle sorte que chacun le puisse lire, sera gravé le récit du sac d'Orléans, par quelle trahison est arrivée sa mort déplorable, et quelle terreur il inspirait à la France.--Mais je songe, seigneurs, que dans notre sanglant carnage nous n'avons pas rencontré l'altesse du dauphin, ni son nouveau champion, la vaillante Jeanne d'Arc, ni aucun de ses perfides alliés.
BEDFORD.--On croit, lord Talbot, qu'au commencement du combat, arrachés tout d'un coup à leurs lits paresseux, et au milieu des pelotons de gens armés, ils ont sauté par-dessus les murailles pour chercher un asile dans la plaine.
LE DUC DE BOURGOGNE.--Moi-même, autant que j'ai pu distinguer à travers la fumée et les noires vapeurs de la nuit, je suis sûr d'avoir effrayé le dauphin et sa compagne, comme ils accouraient tous deux les bras enlacés, ainsi qu'un couple de tendres tourterelles, qui ne peuvent vivre séparées ni le jour ni la nuit.--Quand nous aurons mis ordre à tout ici, nous marcherons sur leurs traces avec toutes nos troupes.