(Entre un messager.)

LE MESSAGER.--Salut à vous tous, milords! Quel est celui, dans cette noble réunion, que vous nommez le belliqueux Talbot, célèbre par ses exploits si vantés dans tout le royaume de France?

TALBOT.--Voici Talbot; qui veut lui parler?

LE MESSAGER.--Une vertueuse dame, la comtesse d'Auvergne, admirant avec respect ta renommée, te supplie par moi, illustre seigneur, de lui accorder la faveur de visiter l'humble château où elle réside, afin qu'elle puisse se vanter d'avoir vu l'homme dont la gloire remplit l'univers de son éclat.

LE DUC DE BOURGOGNE.--En est-il donc ainsi? Allons, je vois que nos guerres deviendront un gai et paisible passe-temps, si les dames demandent qu'on aille ainsi les visiter.--Vous ne pouvez honnêtement, milord, dédaigner sa gracieuse requête.

TALBOT.--Ne me croyez plus désormais; car ce qu'un peuple entier d'orateurs n'auraient jamais pu obtenir de moi avec toute leur éloquence, la politesse d'une femme l'emporte. Ainsi, dites-lui que je lui rends grâces, et que, soumis et respectueux, j'irai lui faire ma cour. Vos Seigneuries ne me tiendront-elles pas compagnie?

BEDFORD.--Non certes: ce serait plus que n'exige la politesse; et j'ai ouï dire que les hôtes qui ne sont pas priés ne sont jamais mieux venus que lorsqu'ils s'en vont.

TALBOT.--Allons, j'irai donc seul, puisqu'il n'y a pas moyen de s'en défendre; je veux faire l'essai de la courtoisie de cette dame.--Capitaine, approchez. (Il lui parle à l'oreille.) Vous devinez mes intentions?

LE CAPITAINE.--Oui, milord, et je m'y conformerai.

SCÈNE III