WARWICK.--Demandez-moi, entre deux faucons, quel est celui qui vole le plus haut; entre deux dogues, celui qui a la plus large gueule; entre deux lames, quelle est la mieux trempée; entre deux chevaux, quel est celui qui a la plus belle encolure; entre deux jeunes filles, quelle est celle dont l'oeil est le plus riant: j'ai là-dessus quelques légères connaissances, assez peut-être pour porter un jugement; mais quant à ces fines et subtiles équivoques de la loi, sur ma foi, je ne m'y entends nullement, pas plus qu'un choucas.
PLANTAGENET.--Bah! c'est un adroit subterfuge pour éviter de parler. La vérité paraît si nue, si visible de mon côté, que l'oeil le moins perçant peut l'apercevoir.
SOMERSET.--Et elle se manifeste de mon côté si claire et si brillante, que ses rayons se feraient sentir à l'oeil même de l'aveugle.
PLANTAGENET.--Puisque votre langue est enchaînée, et qu'il vous répugne tant de parler, déclarez vos pensées par des signes muets. Que celui qui est né vrai gentilhomme, et tient à l'honneur de sa naissance, s'il pense que j'ai plaidé la cause de la vérité, arrache avec moi une rose blanche de cet églantier.
SOMERSET.--Que celui qui n'est pas un lâche, ni un flatteur, et qui ose se ranger du parti de la vérité, arrache avec moi de cette épine une rose rouge.
WARWICK.--Je n'aime point les couleurs, et dédaignant de colorer mes intentions par une basse et insinuante flatterie, j'arrache cette rose blanche avec Plantagenet.
SUFFOLK.--Et moi cette rose rouge avec le jeune Somerset, et j'ajoute que je pense qu'il a le bon droit pour lui.
VERNON.--Arrêtez, lords et gentilshommes; et ne cueillez plus de roses avant d'avoir décidé que celui des deux qui aura le moins de roses cueillies de son côté cédera à l'autre, et reconnaîtra la justice de son opinion.
SOMERSET.--Sage Vernon, c'est bien dit; si c'est moi qui ai le moins de roses, j'y souscris en silence.
PLANTAGENET.--Et moi aussi.