PLANTAGENET.--Et vous, milord, vous êtes le dernier de leur nom?
MORTIMER.--Oui; et tu vois que je n'ai point de postérité, et que ma voix défaillante annonce ma mort prochaine. Tu es mon héritier: je fais des voeux pour que tu en recueilles les droits; mais sois circonspect dans cette périlleuse affaire.
PLANTAGENET.--Vos graves conseils ont sur moi un juste empire: cependant il me semble que l'exécution de mon père ne fut qu'un acte sanglant de tyrannie.
MORTIMER.--Garde le silence, mon neveu, et conduis-toi avec prudence. La maison de Lancastre est solidement établie, et, telle qu'une montagne, n'est pas facile à ébranler.--Mais en ce moment ton oncle va quitter cette vie, comme les princes quittent leur cour lorsqu'ils sont rassasiés d'un long séjour dans le même lieu.
PLANTAGENET.--O mon oncle, je voudrais qu'une part de mes jeunes années pût éloigner le terme de votre vieillesse.
MORTIMER.--Tu veux donc me faire tort, comme le meurtrier qui donne mille coups de poignard, lorsqu'un seul peut tuer. Ne t'afflige point, ou ne t'afflige que pour mon bien. Donne seulement des ordres pour mes obsèques: adieu; que toutes tes espérances s'accomplissent, et que ta vie soit heureuse dans la paix et dans la guerre!
(Il expire.)
PLANTAGENET.--Que la paix et non la guerre accompagne ton âme qui s'enfuit! Tu as passé ton pèlerinage dans une prison, et, comme un ermite, tu y finis tes jours.--Oui, j'enfermerai ton conseil dans mon sein; ce que je conçois y reposera en silence.--Geôliers, emportez son corps de ces lieux; je verrai avec moins de douleur ses obsèques que sa triste vie.--(Les geôliers sortent emportant le corps de Mortimer.) Ici s'éteint le flambeau consumé des jours de Mortimer, victime de l'ambition de gens méprisables. Quant à l'outrage, à l'injure amère que Somerset a reprochée à ma maison, j'espère bien l'effacer avec honneur: et dans ce dessein, je vais hâter mes pas vers le parlement. Ou je serai rétabli dans tous les honneurs dus à mon sang, ou je ferai de mon malheur même l'instrument de ma fortune.
(Il sort.)
FIN DU DEUXIÈME ACTE.