MORTIMER.--C'est assez! mon âme sera donc satisfaite!--Pauvre jeune homme! son malheur égale le mien. Depuis que Henri Monmouth a commencé de régner (hélas! avant son élévation, je brillais à la guerre), j'ai été confiné dans cette odieuse prison; et, depuis le même temps, Richard est tombé dans l'obscurité, dépouillé de ses honneurs et de son héritage. Mais aujourd'hui que l'équitable mort, cet arbitre souverain qui termine tous les désespoirs, et délivre l'homme des misères de la vie, va de sa main propice me faire quitter ce lieu, je voudrais que les peines de ce jeune homme fussent aussi à leur terme et qu'il pût recouvrer ce qu'il a perdu.
(Entre Plantagenet.)
PREMIER GEOLIER.--Milord, votre cher neveu est arrivé.
MORTIMER.--Richard Plantagenet, mon ami, est-il arrivé?
PLANTAGENET.--Oui, mon noble oncle, votre neveu Richard, si indignement traité, et tout récemment encore si insulté, vient vers vous.
MORTIMER.--Guidez mes bras, que je puisse l'y serrer et rendre dans son sein mon dernier soupir. Oh! dites-moi quand mes lèvres seront près de toucher ses joues, afin que je puisse dans ma faiblesse lui donner encore un baiser.--Et apprends-moi, cher rejeton de l'illustre tige d'York, pourquoi tu as dit que tu avais tout récemment été insulté.
PLANTAGENET.--Commencez par appuyer sur mon bras votre corps épuisé, et ainsi en repos, vous pourrez entendre le récit de mes douleurs.--Ce jour même, dans une conférence sur un cas de la loi, quelques paroles ont été échangées entre Somerset et moi, et dans la chaleur de cette discussion il a donné carrière à sa langue, et m'a reproché la mort de mon père. Ce reproche imprévu m'a fermé la bouche; autrement j'aurais repoussé l'injure par l'injure. Ainsi, cher oncle, au nom de mon père, pour l'honneur d'un vrai Plantagenet, et en considération de notre alliance, déclarez-moi pourquoi le comte de Cambridge, mon père, a été décapité.
MORTIMER.--La même cause, mon beau neveu, qui m'a fait emprisonner et détenir, pendant toute ma florissante jeunesse, dans une odieuse prison, pour y languir solitaire, a été aussi la cause détestée de sa mort.
PLANTAGENET.--J'ignore tout. Expliquez-moi cette cause avec plus de détail, car je ne peux rien deviner.
MORTIMER.--Je vais le faire, si mon souffle haletant me le permet, et si la mort ne survient pas avant la fin de mon récit.--Henri IV, aïeul du roi, déposa son cousin Richard, le fils d'Édouard, le premier-né et l'héritier légitime du roi Édouard, troisième roi de cette race. Pendant son règne, les Percy du Nord, trouvant son usurpation injuste, s'efforcèrent de me porter au trône. La raison qui poussa ces lords belliqueux à cette entreprise était que le jeune roi Richard ainsi écarté, et ne laissant aucun héritier de sa génération, j'étais le premier après lui par ma naissance et ma parenté; car je descends par ma mère de Lionel, duc de Clarence, troisième fils du roi Édouard III; tandis que lui, Monmouth, descend de Jean de Gaunt, qui n'est que le quatrième de cette race héroïque. Mais écoutez: dans cette grande et difficile entreprise, où ils tentaient de placer sur le trône l'héritier légitime, je perdis ma liberté, et eux la vie. Longtemps après ceci, lorsque Henri V, succédant à son père Bolingbroke, vint à régner, ton père, le comte de Cambridge, qui descendait du fameux Edmond Langley, duc d'York, épousa ma soeur, qui fut ta mère. De nouveau touché de ma cruelle infortune, il leva une armée, espérant me délivrer et ceindre mon front du diadème; mais ce généreux comte y périt comme les autres, et fut décapité. Ainsi furent détruits les Mortimer, en qui reposait ce titre.