(Entrent un légat et deux ambassadeurs, avec Winchester, revêtu du chapeau de cardinal.)
EXETER, à part.--Quoi! voilà donc le lord Winchester élevé à la dignité de cardinal [16]! Ah! je commence à voir que ce qu'a prédit un jour Henri V pourra bien s'accomplir: «Si jamais, disait-il, Winchester parvient à être cardinal, il fera de son chapeau le rival de la couronne.»
Note 16:[ (retour) ] Shakspeare a oublié ici que dans les premières scènes de cette tragédie il avait déjà, à diverses reprises, qualifié Winchester de cardinal; du reste, c'est en lui donnant trop tôt ce titre qu'il s'est trompé; l'évêque de Winchester ne reçut en effet le chapeau de cardinal que dans la cinquième année du règne de Henri VI.
LE ROI.--Ambassadeurs, vos différentes demandes ont été examinées et discutées. Votre proposition est juste et sage: aussi nous sommes décidément résolus à dresser les articles d'une paix sincère; et ils seront incessamment présentés à la France par milord Winchester.
GLOCESTER, à l'ambassadeur du comte d'Armagnac.--Et quant à l'offre particulière du comte votre maître, j'en ai instruit Sa Majesté en détail; et le roi, satisfait des vertus de la princesse, informé de sa beauté, et content de sa dot, a le dessein de la faire reine de l'Angleterre.
LE ROI.--Pour preuve de mes intentions et de mon aveu, portez-lui ce joyau, gage de mon affection. (Il lui remet un bijou.) Et vous, lord protecteur, veillez à ce qu'ils soient escortés et conduits en sûreté jusqu'à Douvres; et après qu'ils seront embarqués, remettez-les aux chances de la mer.
(Le roi sort avec sa suite.)
WINCHESTER, au légat.--Arrêtez, seigneur légat; vous recevrez d'abord la somme que j'ai promise à Sa Sainteté, en échange de ces ornements vénérables dont elle m'a revêtu.
LE LÉGAT.--J'attendrai votre convenance, milord.
WINCHESTER.--Maintenant Winchester ne se soumettra pas, je pense, et ne le cédera pas au plus fier des pairs. --Humfroy de Glocester, tu reconnaîtras que l'évêque n'est ton inférieur, ni en naissance, ni en autorité, je te ferai plier et fléchir le genou, ou j'abîmerai ce royaume à force de révoltes.