YORK, à part.--Tristes nouvelles pour moi, car j'espérais la France aussi fermement que j'espère la fertile Angleterre. Ainsi la fleur de mes espérances périt dans son bouton, et les chenilles en dévorent les feuilles. Mais avant peu je remédierai à tout cela, ou je vendrai mon titre pour un glorieux tombeau.

(Entre Glocester.)

GLOCESTER.--Toutes sortes de bonheur à mon seigneur et roi; pardon, mon souverain, d'avoir tant tardé.

SUFFOLK.--Non, Glocester, apprends que tu es venu encore trop tôt pour un déloyal tel que toi. Je t'arrête ici pour haute trahison.

GLOCESTER.--Comme tu voudras, Suffolk, tu ne me verras point rougir ni changer de contenance à cet arrêt. Un coeur irréprochable n'est pas facile à intimider. La source la plus pure n'est pas si exempte de limon que je suis innocent de trahison envers mon souverain. Qui peut m'accuser? de quoi suis-je coupable?

YORK.--On croit, milord, que vous vous êtes laissé payer par la France, et que durant votre protectorat vous avez retenu la solde des troupes, ce qui fait que Sa Majesté a perdu la France.

GLOCESTER.--On ne fait que le croire? Qui sont ceux qui le croient? je n'ai jamais dérobé aux soldats leur paye; je n'ai jamais reçu le moindre argent de la France. Que Dieu me protége, comme j'ai veillé la nuit, oui, une nuit après l'autre, occupé de faire le bien de l'Angleterre. Puisse l'obole, dont j'ai jamais fait tort au roi, la pièce de monnaie que j'ai détournée à mon profit, être produite contre moi au jour de mon jugement! bien plus, pour ne pas taxer les communes, j'ai déboursé sur mon propre bien, pour payer les garnisons, plus d'une somme dont je n'ai jamais demandé restitution.

LE CARDINAL.--Cela vous est très-bon à dire, milord.

GLOCESTER.--Je ne dis que la vérité, Dieu me soit en aide.

YORK.--Durant votre protectorat, vous avez inventé, pour les coupables, des supplices cruels et inouïs jusqu'alors, et vous avez déshonoré l'Angleterre par votre tyrannie.