SUFFOLK.--Si je me sépare de toi, je ne puis plus vivre. Mourir en ta présence, serait-ce autre chose que m'endormir avec joie dans tes bras? J'exhalerais mon âme dans les airs aussi doucement, aussi paisiblement que l'enfant au berceau qui meurt la mamelle de sa mère entre les lèvres. Mais mourant loin de toi, je mourrai dans les accès de la rage; je t'appellerai à grands cris pour clore mes yeux, pour fermer ma bouche de tes lèvres, et retenir mon âme prête à fuir, ou la recevoir dans ton coeur avec mon dernier soupir, et la faire vivre ainsi dans un doux Élysée. Mourir près de toi n'est qu'un jeu; mourir loin de toi serait un tourment pire que la mort. Oh! laisse-moi rester ici, arrive qui pourra.

MARGUERITE.--Ah! pars: la séparation est un douloureux corrosif, mais qu'il faut appliquer à une blessure mortelle. En France, cher Suffolk! Instruis-moi de ton sort, et, quelque part que tu t'arrêtes sur ce vaste globe, je saurai trouver une Iris pour t'y découvrir.

SUFFOLK.--Je pars!

MARGUERITE.--Et emporte mon coeur avec toi.

SUFFOLK.--Joyau gardé dans la plus lugubre cassette qui ait jamais renfermé une chose de prix! Nous nous séparons en deux comme une barque brisée sur le rocher; c'est de ce côté que la mort va m'engloutir.

MARGUERITE.--Et moi de ce côté.

(Ils sortent de deux côtés différents.)

SCÈNE III

Londres.--La chambre à coucher du cardinal Beaufort.

Entrent LE ROI HENRI, SALISBURY, WARWICK, et plusieurs autres. LE CARDINAL est dans son lit entouré de plusieurs personnes.