UN CHEF DU PEUPLE.--Et de plus, que nous voulons avoir la tête du lord Say, qui a vendu le duché du Maine.
CADE.--Et cela est juste; car par là l'Angleterre a été estropiée, et marcherait bientôt avec un bâton, si ma puissance ne la soutenait. Camarades rois, je vous dis que le lord Say a mutilé l'État, et l'a fait eunuque; et pis que tout cela, il sait parler français, et par conséquent c'est un traître.
STAFFORD.--O grossière et déplorable ignorance!
CADE.--Eh bien, répondez si vous pouvez. Les Français sont nos ennemis; cela posé, je dis seulement: celui qui parle avec la langue d'un ennemi, peut-il être un bon conseiller ou non?
TOUT LE PEUPLE.--Non, non, et nous voulons avoir sa tête.
WILLIAM STAFFORD.--Allons, puisque les paroles de douceur n'y peuvent rien, fondons sur eux avec l'armée du roi.
STAFFORD.--Allez, héraut, et proclamez traîtres, dans toutes les villes, tous ceux qui s'armeront en faveur de Cade: annoncez que ceux qui fuiront de nos rangs avant la fin de la bataille seront, pour l'exemple, pendus à leur porte, sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants. Que ceux qui tiennent pour le roi me suivent.
(Les deux Stafford sortent avec leurs troupes.)
CADE.--Et que ceux qui aiment le peuple me suivent: voici le moment de montrer que vous êtes des hommes; c'est pour la liberté. Nous ne laisserons pas sur pied un seul lord, un seul noble. N'épargnons que ceux qui seront mal vêtus; car ce sont de pauvres et honnêtes gens, qui prendraient bien notre parti s'ils l'osaient.
DICK.--Les voilà qui viennent en bon ordre, et qui s'avancent contre nous.