LE ROI.--Finissez ces discours, milords, et écoutez-moi.
MARGUERITE.--Que ce soit donc pour les défier, ou garde le silence.
LE ROI.--Je te prie, ne donne pas des entraves à ma langue. Je suis roi, et j'ai le privilége de parler.
CLIFFORD.--Mon souverain, la plaie qui a amené cette entrevue ne peut se guérir par des paroles: restez donc en paix.
RICHARD.--Tire donc l'épée, bourreau. Par celui qui nous a tous créés, je suis intimement persuadé que tout le courage de Clifford réside dans sa langue.
ÉDOUARD.--Parle, Henri: jouirai-je de mon droit ou non? Des milliers d'hommes ont déjeuné ce matin qui ne dîneront pas, si tu ne cèdes à l'instant la couronne.
WARWICK.--Si tu la refuses, que leur sang retombe sur ta tête! car c'est pour la justice qu'York se revêt de son armure.
LE JEUNE PRINCE.--Si la justice est ce que Warwick appelle de ce nom, il n'y a plus d'injustice dans le monde, et tout dans l'univers est juste.
RICHARD.--Quel que soit ton père, c'est bien là ta mère (montrant la reine); car, je le vois bien, tu as la langue de ta mère.
MARGUERITE.--Toi, tu ne ressembles ni à ton père ni à ta mère: odieux et difforme, tu as été marqué par la destinée comme d'un signe d'infamie qui instruit à t'éviter comme le crapaud venimeux, ou le dard redouté du lézard.